Gros porc malade
Tout en cognant sur le lumpen — caution crasse, électoraleuse, cousue de fil bleu marine —, Sarkozy rentame sa complainte à destination des pov’gens, et se présentait l’autre jour, devant les députés Ump, comme « le président du pouvoir d’achat. » Elle serait presque drôle, celle-là. Le pas encore candidat s’est ensuite laissé aller à définir la stratégie du candidat qu’il est déjà. Faisant référence aux socialistes, à l’agressivité dont ils feraient soi-disant preuve à son égard: « je ne me laisserai pas entraîner dans un combat de rue. » Street fighter 2, ça le fait pas ? Dommage. Puis, plus étrange, ceci : « il ne faut pas prendre le vent dans la plaine, moi, j’attends la montagne. » Métaphore cycliste, qu’on nous dit, tourdefrancesque à souhait, signifiant qu’il se déclarera le plus tard possible, à la mode Mitterrand cuvée 88. Dans la catégorie des « il faut, y’a ka qu’on », il eut enfin cette fulgurance : « il faut avoir une parole rare, car la parole use. » Si c’est un bavasseur qui le dit...
Sinon quoi, sous la dent ? Creuse, autruche, mais creuse donc !, quand bien même, en ces temps, le sable pue la pisse ou le sperme, selon. Strauss-Kahn, en sa cage dorée sur tranche (de lard ? dollars !), plaide not guilty comme convenu, tandis qu’en métropole ses amis suent, s’activent, tel Cambadélis : « Il est extrêmement triste, mais extrêmement combatif. Je souhaite qu’il puisse revenir », dit-il de l’ami Dominique. D’autres avancent avec, à la main, le chapelet des excuses aussi bidonnées qu’habituelles. Dominique souffrirait d’une pathologie relativement répandue, dite du « troussage de domestiques » (Jean-François Kahn, dans le texte). Gros porc malade, en somme. Vivement le prochain album.
Mais laissons-là ces billevesées indignes d’un lecteur ou lectrice averti, tel celle ou celui parcourant, à l’instant, ces pages — la pommade, ma gueule, c’est gratuit, et sans augmentation du prix de l’abonnement —, revenons plutôt à la vraie vie, c’est-à-dire au Sida. Selon les conclusions du sommet international mené sous l’égide de l’ONU, 6 milliards de dollars permettraient d’éviter les 12 millions de nouvelles infections attendues d’ici 2015. Vous me direz, smicards que vous êtes : six milliards, c’est une somme. Certes. Sachez alors que le coût mensuel, oui j’ai bien dit mensuel, de la guerre en Irak est de 4 milliards de dollars. Aussi ahurissant que puisse paraître ce rapprochement, il n’en reste pas moins tout à fait vérifié. Et j’en suis, comme vous, sur le cul.
Sur le cul, d’autant plus que les conclusions onusiennes préconisent dans le même temps aux pays développés « d’arrêter de mettre en œuvre des stratégies visant à bloquer la production, l’exportation, le transit et l’importation de médicaments génériques. De nombreuses nouvelles infections pourraient être ainsi évitées.» Sur le cul, j’y suis : j’y reste.
Il me faut du Brassens pour, un peu, me redresser : mercredi 8 juin, à Toulouse, 29 joyeux drilles l’ayant chanté à pleine voix furent conduits au poste par le Cruchot local. Les voilà convoqués au tribunal, de surcroît. On attend, avec impatience, de connaître l’intitulé du chef d’accusation.
Frédo Ladrisse.
Au pays du touche-pipi
Même le concombre s’y met, cuisiné à la mode serial killer ! A l’observer, comme ça, comme à la dérobée sur l’étal du concombrier, il nous paraissait jusqu’à lors parfaitement inoffensif. Que nenni, le voilà qui tue, en rafale, bien qu’aux dernières nouvelles ça ne serait pas lui mais la laitue, mais les radis, mais les tomates tueuses !... Cinq fruits et légumes par jour, qu’ils disent. Pas de doute, ils veulent notre peau.
Elles devaient ne valoir pas chère, la peau des 250 passagers disparus en mer et au large de la Tunisie. Bougres et braves et courageux, embarqués de fortune, qui jamais ne verront ces côtes européennes rêvées comme accueillantes. Selon d’aucuns, aux macabres comptes, depuis 1988 il y aurait eu dans cette région, le détroit de Sicile, environ 12 000 noyés. « Ce qui en fait le plus grand cimetière marin, au monde », indique le journaliste en queue de reportage. Cimetière des espoirs, cimetière des illusions. Les murs de la forteresse Europe sont dressés droits, solides, imperméables, inflexibles. Et l’Europe, depuis longtemps, ne rêve plus.
Frédo Ladrisse.
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